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Editorial : Rompre avec les réflexes du passé - Par Hassan GHEDIRI

Le déficit courant de la Tunisie semble prendre une nouvelle fois sur une courbe ascendante après avoir suivi une trajectoire baissière depuis 2022. Dans son rapport sur la balance des paiements et position extérieure globale de la Tunisie du mois de mars, la Banque centrale de Tunisie marque en effet un redémarrage du déficit de la balance courante se situant, fin février dernier, à 1.654 millions de dinars (MD) contre seulement 113 MD à la même date de 2024. Conjugué en PIB, ce déficit s’avère encore plus alarmant. En fait, il a été quasiment multiplié par 9 en un an, passant de 0,1 à 0,9% du PIB. L’on est certes loin du record de 3,5% du PIB atteint en 2002, mais compte tenu les tensions extérieures et intérieures auxquelles se confronte l’économie nationale et les incertitudes qui montent, la Tunisie risque de ne plus maîtriser ses déficits si elle refuse toujours de renoncer aux politiques économiques stériles qui étranglent la croissance et bloquent la compétitivité. 

L’on doit tout de même admettre que, théoriquement, un déficit n’est pas toujours une mauvaise chose. Car comme le disent tous les d’économistes «ça dépend». Dans toutes les théories économiques, un déficit peut toujours être qualifié de bon ou de mauvais selon les causes qui l’ont engendré. Généralement, comme l’expliquent ces mêmes théories, le déficit courant est un résultat tout à fait logique et naturel du manque de compétitivité de l’économie qui se traduit tout simplement par un excédent des importations par rapport aux exportations. Pour ce qui est de la Tunisie, son déficit courant, la BCT l’a justement expliqué par le creusement du déficit commercial en ce malgré les bons revenus générés par le tourisme et la diaspora. Le problème pour la Tunisie c’est que son déficit est caractérisé par un manque de compétitivité, parce que, dans d’autres cas, il peut aussi résulter d’un excédent d’investissements par rapport à l’épargne, signifiant par le même fait que l’économie est hautement productive et en pleine croissance. Cela nous permet d’affirmer que la Tunisie n’a pas un «bon» déficit. 

Jusqu’à nouvel ordre, notre pays continuera à accumuler des engagements et ne saura se libérer du cercle vicieux de l’endettement parce qu’à l’heure actuelle, nous gaspillons les fonds empruntés dans des dépenses qui n’améliorent nullement la production et n’aident point au redémarrage des moteurs de croissance. Non, il ne s’agit aucunement d’employer les recettes portées par les protectionnistes, qui croient à tort que les exportations sont «bonnes» et les importations «mauvaises», oubliant que sans exportations les importations n’existeraient pas.

Un déficit n’est pas condamnable en soi, parce que nombreux sont les pays qui affichent des déficits courants élevés tout en maintenant une croissance solide. Pour dire que le vrai défi pour la Tunisie n’est pas de réduire mécaniquement son déficit, mais de le rendre soutenable, voire utile, en le transformant en un outil de développement plutôt qu’en un fardeau. Pour ce faire, il y a des chantiers qui doivent être engagés avec comme base fondamentale la compétitivité. La Tunisie ne peut et ne doit plus se contenter d’être une économie à faible valeur ajoutée. Elle doit se fixer des objectifs plus ambitieux en s’orientant vers des secteurs à fort potentiel industriel, technologique et commercial. Tout dépendra de la volonté de rompre avec les réflexes du passé et à franchir les frontières injustement dessinées par les anciens colonisateurs. 

H.G.

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