Par Imen Abderrahmani
Très poétique, évocatrice, s’annonce la nouvelle exposition qu’accueille à partir du 05 avril, la galerie Alain Nadaud-Espace Sadika à Gammarth. « Murmures d’un jardin féérique des Aghlabides » ainsi s’intitule ce beau voyage printanier.
Ils sont quatre artistes de profils différents qui accompagneront le grand public, et surtout les adeptes de l’Espace Sadika dans ce rendez-vous printanier. Taoufik Behi, Rabaa Skik, Emna Kahouaji et Abdellatif Behi, un quatuor qui explorera les jardins de Kairouan et son héritage historique et mystique. Exploration en douceur qui ouvre grand et généreusement, devant le visiteur, les portes de l’imagination. Le titre poétique, recherché et surtout évocateur, « Murmures d’un jardin féérique des Aghlabides » fait rêver.
« Le mot « murmures » évoque une voix douce et discrète, presque imperceptible. Comme si les jardins eux-mêmes racontaient leur histoire à travers le temps. Il s’agit d’un dialogue intime entre le visiteur et la nature, où les arbres, les fleurs et les fontaines semblent chuchoter des souvenirs du passé.
Le terme « jardin ancestral » renforce l’idée d’un lieu ancien chargé de sagesse et d’héritage, un espace où l’histoire et la nature coexistent harmonieusement. Les jardins de Kairouan, avec leur symbolisme d’oasis et leur rôle dans l’histoire de la région, sont ici présentés comme des lieux physiques, mais aussi comme témoins silencieux d’un riche passé culturel et architectural », lit-on sur les notes de présentation de cette exposition qui offre à voir une bonne sélection de sculptures et de peintures qui se veut une interprétation artistique de ces « murmures », de ces « chuchotements »
A travers leurs œuvres, les artistes capturent l’essence des jardins, traduisant en formes et en couleurs ces « murmures »: le bruissement des feuilles, le clapotis de l’eau des bassins, le souffle du vent à travers les allées. Les sculptures pourraient évoquer la force et la sérénité de la nature, tandis que les peintures capturent la lumière et les nuances verdoyantes de ce paysage unique, lit-on sur la présentation de cette exposition qui invite à voyager hors du temps, à se laisser porter par l’âme d’un jardin, à se plonger au cœur de ce jardin porteur et témoin de tant d’histoires qu’a vécu cette ville millénaire au fil des siècles. Bouffée d’oxygène, cœur verdoyant de cette ville ancestrale, ce jardin est plus que d’un simple lieu de rencontre, il est témoin de la splendeur d’une civilisation du doigté de ses architectes et ses artisans, de ses liens particuliers qu’entretenait l’homme avec la nature.
Kairouan, la splendeur de la Cité
Fondée en 670, la ville de Kairouan a prospéré sous la dynastie aghlabide, au 9ème siècle. Malgré le transfert de la capitale politique à Tunis au 12ème siècle, Kairouan est restée la première ville sainte du Maghreb. Ses jardins, véritables joyaux cachés, ont longtemps été des lieux d’échanges intellectuels et spirituels, abritant poètes, penseurs et savants. Loin de l’agitation du monde, ils murmuraient les secrets des temps anciens, révélant, à ceux qui savent écouter, les mystères de la nature et les subtilités de l’âme humaine.
L’exposition met en lumière la splendeur de ces jardins, où la rigueur géométrique se marie à la luxuriance des plantes, symbolisant l’harmonie entre ordre divin et profusion terrestre.
À travers des œuvres contemporaines inspirées de ce patrimoine, des installations végétales et des reconstructions immersives, les visiteurs pourront redécouvrir les ambiances paisibles, les odeurs environnantes, et les jeux d’ombres et de lumière qui faisaient de ces jardins des lieux à la fois sacrés et enchanteurs, notent les organisateurs, incitant le grand public à faire la découverte, à sortir et à se laisser porter par le charme de cette cité millénaire, son héritage culturel et civilisationnel. L’exposition s’interroge également sur le présent de la ville, sur ces bassins qui ont permis à ces jardins d’être toujours verdoyants…
L’exposition sera marquée par un hommage à deux illustres artistes de Kairouan ; Le peintre Hammadi Skik père de Rabaa Skik qui nous quittés en 2011 ainsi que le poète Hassine Kahouagi, père de Emna Kahouagi, qui nous a quittés en 2017.
I.A.