Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Le point frontalier de Ras Jedir est, encore une fois, au centre d’une nouvelle crise suite aux mesures prises par les autorités libyennes visant à lutter contre la contrebande. Que faire pour stabiliser une fois pour toutes cette région?
La ville de Ben Guèrdane, gouvernorat de Medenine, a été la semaine dernière le théâtre de plusieurs manifestations organisées par des commerçants tunisiens pour protester contre les nouvelles mesures mises en place par les autorités libyennes visant, selon le commandant en chef, Ali Chibani, chef du centre douanier de Zaouia, Libye, à «lutter contre la contrebande».
Dans la foulée, pas moins de 150 véhicules ont été saisis et l’importation des produits à partir de la Libye interdite. «On nous traite de criminels et de bandits. Les agents libyens ont agressé des voyageurs tunisiens et maltraité les femmes. Malheureusement, nos voisins libyens ont oublié ce que les Tunisiens avaient fait pour eux lors de la révolution libyenne », nous dira Chams Eddine, commerçant originaire de la ville de Ben Gardanne. Et d’ajouter: «La Tunisie avait accueilli plus de 1 million de Libyens et les avait logés et nourris pourtant le pays traversait à l’époque une grave crise économique. J’appelle les autorités tunisiennes à mettre fin à ces agissements pour sauvegarder la dignité des Tunisiens». Que faire, justement, pour stabiliser une fois pour toutes ce passage frontalier ?
En effet, le 2 février dernier, le responsable de la gestion du ministère libyen des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Tahar Al-Baour, a effectué une visite officielle en Tunisie, à l’invitation du ministre des Affaires étrangères tunisien, Mohamed Ali Nafti. Selon une dépêche de l’agence TAP : «Cette visite vise à consolider les liens historiques et stratégiques entre les deux pays voisins. Cette rencontre s’inscrit aussi dans une dynamique de renforcement de la coopération tuniso-libyenne. Depuis plusieurs années, la Tunisie et la Libye travaillent conjointement à stabiliser leurs échanges économiques et à harmoniser leurs politiques régionales. Les discussions ont ainsi porté sur le commerce, l’investissement, la sécurité et la mobilité des citoyens entre les deux pays. La Tunisie est en effet l’un des principaux partenaires économiques de la Libye, avec des échanges commerciaux qui ont atteint plusieurs milliards de dinars ces dernières années». Sur le terrain, la réalité est malheureusement tout autre...Que faire, de fait, pour mettre fin à cette anarchie?
Deux poids deux mesures...
Interrogé à ce sujet, l’expert en économie et en finances, Mohamed Salah Jennadi, nous a confié: «La grande majorité de la population libyenne est concentrée dans la partie occidentale du pays, à proximité de la Tunisie, faisant d’elle l’une des destinations immédiates de nombreux Libyens en quête de soins médicaux ou de vacances. En fait, la Tunisie est le seul parmi sept pays voisins à avoir maintenu ses frontières ouvertes avec la Libye. De surcroît, la plupart des Libyens qui voyagent à l’étranger utilisent les aéroports tunisiens comme points de transit vers d’autres destinations. Plus de deux millions de Libyens et de réfugiés étrangers fuyant les violences de 2011 ont cherché refuge en Tunisie pendant des mois. Certains se sont même installés depuis en Tunisie s’intégrant ainsi en douceur avec la population locale. Ces données sont suffisantes pour affirmer l’importance de la Tunisie pour nos voisins libyens. Il faut savoir qu’au cours de la crise de 2011-2014, la Tunisie a joué un rôle majeur dans l’approvisionnement du marché libyen en produits de première nécessité. Elle a énormément contribué à soulager la pénurie de nombreux produits, y compris les produits alimentaires, et à répondre aux besoins urgents du pays. De fait, les autorités tunisiennes doivent profiter de cette situation dans les négociations avec leurs homologues libyens».
M.B.S.M.