« Bourguiba- De Gaulle : Un bras de fer à Bizerte » d’Olfa Chakroun : L’Evacuation, au-delà des versions officielles…
Par Imen Abderrahmani
Un jour férié pour les uns, une page majeure de l’histoire nationale pour les autres ? Avec « Bourguiba - De Gaulle : Un bras de fer à Bizerte », Olfa Chakroun revient sur la bataille de Bizerte et interroge la place qu’occupe encore cette mémoire dans la conscience collective.
Présenté en avant-première au lendemain de la fête de l'Évacuation (le 15 octobre), le long-métrage documentaire d’Olfa Chakroun ne laisse pas indifférent. Il ramène à la surface un épisode douloureux de l’histoire tunisienne et invite à regarder au-delà de la célébration officielle du 15 octobre. Car que reste-t-il aujourd’hui de cette date dans la mémoire des Tunisiens ? Que savent les nouvelles générations de la bataille de Bizerte et des sacrifices qui ont accompagné le départ des dernières forces françaises ? Entre souvenir familial, récit national et simple rendez-vous du calendrier, la portée de cette commémoration mérite d’être interrogée.
Fruit d’un long travail de recherche et de documentation, le film, dont la durée est 90 mn, revient sur la confrontation politique et militaire de juillet 1961, déclenchée par le maintien de la base navale française à Bizerte. Alors que Habib Bourguiba réclamait sa restitution, Charles de Gaulle refusait de céder aux revendications tunisiennes.
Derrière les apparences d’une relation diplomatique parfois présentée comme cordiale, quels rapports de force se jouaient réellement entre les deux dirigeants ? Que cherchait chacun à défendre, à imposer ou à préserver ? Et comment ce bras de fer a-t-il conduit à une confrontation meurtrière ?
Mémoires croisées…
Pour remonter le fil de cette histoire, Olfa Chakroun privilégie une approche polyphonique, donnant la parole à ceux qui ont vécu les événements. Les habitants de Bizerte et de Menzel Bourguiba occupent une place importante dans le récit. Parmi eux, les parents de la réalisatrice apportent un témoignage personnel sur les bombardements et les épreuves traversées par la population civile. Ces paroles donnent une dimension humaine à une histoire souvent racontée à travers ses grandes figures politiques et ses enjeux diplomatiques.
Le documentaire recueille également les témoignages de militaires tunisiens et français, notamment ceux d’un lieutenant de la Marine nationale française et d’un parachutiste. Des regards qui permettent de revenir sur le déroulement des opérations et leurs conséquences. Certains témoins qualifient les frappes françaises sur Bizerte et ses environs de « massacre », un terme qui traduit la violence de leur expérience et la persistance de cette blessure dans les mémoires.
La couverture médiatique de l’époque constitue un autre fil de cette enquête. Le journaliste tunisien Hatem Ben Miled et Guy Sitbon, correspondant du quotidien français Le Monde, apportent leur éclairage sur le travail des reporters présents sur le terrain, la circulation de l’information et la manière dont les affrontements ont été racontés à l’époque.
Les archives à l'épreuve des récits
À cette diversité de témoignages s'ajoutent les analyses d'historiens, parmi lesquels Noureddine Dougui, Ali Aït Mihoub, Kmar Ben Dana, Mohamed Salah Fliss, Lucette Valensi, Jean-Pierre Darmon et Patrick Mamou-Mani. Leurs interventions replacent les événements dans leur contexte historique et éclairent les enjeux politiques et les responsabilités liés à cette confrontation.
Photographies, documents audiovisuels et images d’archives viennent compléter ce travail de mémoire, donnant corps aux récits et permettant de retrouver les traces visuelles de cette période. Le film s’ouvre et se clôt sur les notes de « Béni Watani », chanson patriotique interprétée par Oulaya. Un choix qui inscrit le documentaire dans une mémoire nationale, tout en accompagnant les voix de ceux qui ont vécu ces journées à Bizerte.
Au-delà de la commémoration
L’intérêt du film tient aussi aux questions qu’il soulève sans prétendre refermer le débat. La bataille de Bizerte ne se résume ni à un affrontement entre deux dirigeants ni à une date inscrite dans le calendrier national. Elle porte des histoires individuelles, des traumatismes, des récits parfois divergents et des interrogations sur les responsabilités politiques et morales.
En faisant dialoguer témoins, journalistes et historiens, Olfa Chakroun contribue à rouvrir un chapitre dont la transmission reste un enjeu. Car commémorer ne consiste pas seulement à rappeler une date, mais aussi à en préserver le sens et à transmettre les événements qui lui donnent sa portée.
« Bourguiba–De Gaulle : Un bras de fer à Bizerte » pose ainsi une question qui dépasse largement le cadre du documentaire : comment faire vivre une mémoire collective lorsque ceux qui l’ont directement vécue disparaissent peu à peu ? Et comment éviter que les grandes dates de l’histoire nationale ne deviennent, pour les générations suivantes, de simples jours chômés ?
Imen.A.
Prix Abou El Kacem Chebbi de la littérature arabe : La Tunisie domine la présélection
La littérature tunisienne se distingue dans la présélection de la 32ème édition du Prix Abou El Kacem Chebbi, avec dix nouvelles retenues parmi les 21 œuvres en compétition.
Consacrée cette année à la nouvelle, la 32ᵉ édition du Prix Aboul Kacem Chebbi réunit 21 œuvres issues de six pays arabes, avec une nette prédominance tunisienne. La Tunisie arrive en tête de la présélection avec dix nouvelles retenues, devant l’Égypte, qui en compte six. L’Irak est représenté par deux titres, tandis que l’Algérie, le Maroc et le Qatar comptent chacun une œuvre dans cette sélection.
Établie le 29 septembre 2026 par le jury réuni au siège du Club Abou El-Kacem Chebbi, cette liste ne comporte aucun classement préférentiel. Les délibérations sont présidées par le poète et universitaire tunisien Moncef Louhaïbi.
Les dix nouvelles tunisiennes retenues sont « Sataati ach-chams ila nafidhati » (Le soleil viendra à ma fenêtre) de Salah Damas, « Tafassil jamila » (De beaux détails) de Moez Naïja, « Delirium » de Tarek Lemmouchi, « Nisf thaniyaten mina adhawe » (Une demi-seconde de lumière) d’Imen Essefi et « Ma’i ila al-abad » (Avec moi pour toujours) de Mustapha Madayni.
La sélection comprend également « Mojarrad alam » (Juste une douleur) de Faika Qonfali, « Laylat Rafat El-Haggan » (La nuit de Refaat El-Haggan) de Hassan Marzouki, « Al-ghorfa raqm 13 » (La chambre numéro 13) de Donia Mlika, « Archifou arramad » (Les archives des cendres) de Saïf Ali Dhrif et « Hala may’ous minha » (Un cas désespéré) d’Abbes Slimane.
Fondé en 1984 par la Banque de Tunisie pour soutenir et encourager la création littéraire dans le monde arabe, le Prix Aboul Kacem Chebbi est doté d'une récompense principale de 25 000 dinars tunisiens, selon les informations publiées sur le site de la banque. En choisissant la nouvelle comme genre littéraire de cette édition, le prix braque les projecteurs sur une forme d’écriture exigeante, capable de saisir, en quelques pages, la complexité des destins humains et la richesse des imaginaires.
Portant le nom d’Abou El Kacem Chebbi (1909-1934), figure majeure de la poésie arabe moderne, cette distinction perpétue la mémoire d’un poète dont l’œuvre continue de traverser les générations. L’année 2026 marque le 92ᵉ anniversaire de sa disparition. Une nouvelle occasion de faire vivre son héritage et de célébrer la vitalité de la création littéraire arabe contemporaine.
Festival international du théâtre du désert d’Adrar : Dalila Meftahi à l’honneur, deux spectacles au programme
La scène théâtrale tunisienne sera particulièrement présente à la 3ème édition du Festival culturel international du théâtre du désert d’Adrar, en Algérie, qui aura lieu du 1er au 7 décembre 2026.
Cette participation se distingue notamment par l’hommage qui sera rendu à la comédienne tunisienne Dalila Meftahi, figure incontournable de la scène artistique nationale, dont le parcours s’est illustré aussi bien sur les planches que sur le petit écran, où elle retrouve régulièrement le public, notamment à travers les productions ramadanesques.
La présence tunisienne se prolongera à travers plusieurs personnalités du théâtre national, associées aux différents volets de cette manifestation placée sous le thème « Le Sahara… un théâtre à ciel ouvert ». Le directeur général de l’Institut national du théâtre tunisien, Moez Mrabet, siégera ainsi au jury de la compétition des monodrames, aux côtés des artistes algériens Souad Jenati et Mohamed Haj Masoud.
Côté programmation, deux créations tunisiennes prendront part à ce rendez-vous international, qui réunira des artistes venus de 25 pays. Il s’agit de « Sarab », de Hafedh Ben Khalifa, inscrite dans la section « Espaces du désert », et de « Al-Hafa », d’Osama Cheikhawi, présentée dans la catégorie des monodrames.
Entre hommage, représentation au sein du jury et présence sur les planches, cette participation témoigne du rayonnement du théâtre tunisien et de sa contribution aux échanges artistiques dans l’espace arabe et international.
ES Hammam-Sousse: Chiheb Ellili succède à Ferid Chouchane
La valse des entraîneurs se poursuit dans les rangs des clubs de la Ligue 1 et ce après seulement sept journées. Mais à l'ES Hammam-Sousse, la situation est bien particulière. En effet, le club Sahelien vient d'engager un quatrième technicien depuis le début de la saison.
Après Mohamed Ali Nafkha, Youssef Mouihbi et Ferid Chouchane, la direction du club vient de nommer Chiheb Ellili au poste d'entraineur. Ce dernier a eu par le passé à diriger l'ESHS plus d’une fois entre 2007 et 2010.
J.B
Ligue 1 - ST- CA (2-1) : Les Stadistes à l'arraché
Le public du stade Naifer a eu droit à un match de belle facture entre deux équipes qui ont joué avec un net désir d'empocher les points de la victoire. Cette dernière a souri aux Stadistes, plus volontaires en fin de rencontre.
Reporté à deux reprises, le derby ST-CA a enfin eu lieu cet après-midi au Bardo. Les deux clubs ayant un besoin urgent de points ont entamé les débats avec des intentions offensives. Et ce sont les Clubistes qui trouvent vite le chemin des buts par Kadida, l'ex-stadiste qui a bien exploité une passe de Kinzumbi (12e) ( 0-1). Un but qui a lancé les débats. Khadhraoui était près de doubler la marque (25e) mais son tir a effleuré la cage de Farhati.
Le Stade Tunisien va réagir à la (32e) par Saafi mais Bouabid est intervenu pour sauver en corner .Le match gagne en intensité. Trois cartons jaunes sont levés au nez des Rouge et Blanc. Face au jeu posé du CA, le ST ripostait par un jeu direct vers Ndiaye et Ouerghemmi. Sur une balle arrêtée, Oumarou voit son tir effleurer le poteau de la cage de Chamekh ( 44e). Et sur au autre coup franc joué à deux, Sghaier égalise le la tête, sur un service de Saafi, mettant le cuir hors de portée de Chamekh. Une fin logique après les efforts déployés par les Stadistes (1-1) ( 45+3e).
La seconde période commence par un ratage de Kadida qui n'a pas profité d'un renvoi de Farhati (50e) suite à un tir de Khadhraoui. Le jeu s'est poursuivi avec des essais de part et d'autre avec la même intensité. C'est que chaque ensemble a cherché un second but. Le même Kadida va rater le cadre d'un tir puissant (61e). Dans l'autre camp, Chamekh sauve le but sur un tir de Ndiaye (73e).
Le dernier quart d'heure est palpitant. Ben Youssef de la tête oblige Chamekh à se détendre pour sauver le but (89e). Le même Ben Youssef va trouver le chemin des filets suite à un centre de Khemissi (2-1) à la (90+3e). Victoire méritée des Stadistes.
Jamel BELHASSEN
Espagne: Un attaquant de Tenerife décédé après un choc mortel avec le gardien adverse !
L'attaquant du CD Tenerife, Jesus de Miguel, est décédé quelques heures après avoir été hospitalisé à la suite d'un choc violent avec le gardien adverse lors d'un match de deuxième division espagnole, a annoncé, ce mardi, son club.
"Brisés par la douleur, la gorge nouée et sans parvenir à croire que c'est la réalité, le CD Tenerife annonce le décès tragique, ce mardi 3 novembre 2026 à 08h00, de Jesus de Miguel", écrit le club dans un communiqué.
Le joueur de 30 ans, percuté dans les airs par le gardien du club d'Andorre Jesus Owono, sorti loin de sa zone, avait été évacué en urgence à l'hôpital où il avait été diagnostiqué dans un premier temps dans un "état stable, bien que grave".
Suite au meurtre d’une mère à Jebel Jelloud : Le ministère de la Famille mobilisé pour la prise en charge de ses enfants
À la suite du meurtre d’une mère de famille à Jebel Jelloud à Tunis, le ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées a engagé une intervention pour soutenir ses enfants mineurs et préserver leur identité.
Les services régionaux du ministère ont procédé à une évaluation de la situation sociale de la famille, sous la supervision de la justice et en coordination avec les différentes parties concernées. Cette démarche vise à identifier les besoins de la famille et à mettre en place les mesures d’accompagnement nécessaires, notamment pour assurer la prise en charge des enfants et leur apporter un soutien psychologique.
Dans un communiqué, le ministère a rappelé l’importance du respect des dispositions légales relatives à la protection des données personnelles, en particulier celles prévues par la loi organique n° 63 de 2004.
Il a également appelé les utilisateurs des réseaux sociaux et des espaces numériques à préserver l’intérêt supérieur des enfants et à s’abstenir de divulguer leurs données personnelles.
Le ministère met en garde contre la diffusion de photographies ou d’informations susceptibles de permettre leur identification, y compris de manière indirecte.
Cette démarche vise à protéger les enfants concernés contre les risques liés à l’exposition de leur identité sur les réseaux sociaux, dans un contexte particulièrement sensible pour leur famille.
Il y a lieu de rappeler qu’un atroce féminicide a secoué le quartier de Jebel Jelloud, dans la banlieue sud de Tunis, le dimanche 1er novembre 2026. Une jeune femme de 22 ans, mère de trois enfants (dont un nourrisson de 40 jours), a été poignardée à mort par son époux à l'arme blanche.
Ligue 1 : Le match ESS - ASM à rejouer
La Commission d'appel relevant de la Fédération tunisienne de football a décidé de confirmer la décision de la Ligue nationale de football professionnel de faire rejouer le match ayant opposé l’Etoile sportive du Sahel à l'Avenir sportif de la Marsa, dans le cadre de la quatrième journée du championnat de Ligue 1.
L’ESS avait déposé une réclamation à la suite du remplacement de l’un des joueurs de l'AS Marsa, effectué sans consultation de l’arbitre central.
La rencontre, disputée le 12 septembre 2026, s’était soldée par une victoire de l'AS Marsa sur le score d’un but à zéro.
La 6ᵉ édition du Fenix Rally 2026 vient de se terminer : Des performances sportives et un grand impact touristique
Il s’agit d’un événement majeur dans l’univers de la course automobile. La 6ème édition du Fenix Rally 2026 vient de se dérouler du 23 au 31 octobre 2026 en Tunisie, s'affirmant comme l'un des rallyes-raids phares pour traverser le désert du Sahara.
Organisé par RBI Sport sous l'égide de la Fédération Tunisienne des Automobiles, l'événement a réuni des pilotes amateurs et professionnels à travers un parcours de plus de 2 200 kilomètres reliant la côte méditerranéenne au cœur des dunes sahariennes.
Le rallye a proposé un prologue intense suivi de 7 étapes diversifiées à travers des pistes rapides, des plaines de gravier et d'immenses massifs de dunes :
- Djerba (Départ) : Accueil de la caravane et lancement officiel avec un prologue disputé dans une ambiance festive au bord de la Méditerranée.
- Douz & le Grand Erg Oriental : Le cœur de l'immersion saharienne. Les concurrents ont affronté des boucles techniques exigeantes autour de Douz, du parc national de Jebil et des dunes de Zmela, incluant une étape marathon avec assistance déportée à Ksar Ghilane.
- Monastir (Arrivée) : Point de conclusion et étape finale de 90 km scellant la fin de l'aventure.
La compétition était ouverte à une grande variété de machines : Motos, Quads, SSV, Voitures (4x4) et Camions.
Il faut dire, également, que cet événement international s’inscrit dans une dynamique de développement du sport automobile et du rallye-raid en Tunisie, tout en contribuant au rayonnement international du pays et à la promotion de ses richesses naturelles, culturelles et touristiques.
À travers ses pistes désertiques, ses oasis et ses paysages du Sud tunisien, le Fenix Rally offre aux participants une expérience sportive et humaine unique, mettant en valeur le potentiel de la Tunisie en matière de tourisme sportif et d’organisation de manifestations automobiles internationales.
Cette édition marque également la quatrième participation de véhicules historiques associés à l’Africa Eco Race, renforçant ainsi la dimension patrimoniale et sportive de l’événement.
K.Z.
L’artiste-peintre Raouf Gara à l’honneur : Un parcours de sel, d’écume et de couleurs
Par Imen Abderrahmani
À la Foire nationale du livre tunisien, Raouf Gara a été célébré dans le cadre du focus sur les créateurs de Nabeul. Un hommage à un artiste pour qui la mer est mémoire, matière et langage plastique.
Né le 18 juillet 1947 à Kélibia, Raouf Gara porte l’empreinte d’une ville façonnée par son horizon marin, le mouvement des vagues et la vie du port. Cette proximité avec le monde marin, première source de son imaginaire, irrigue un parcours singulier dans l’art contemporain tunisien, où peinture et sculpture explorent la nature, l’être et le temps.
Formé à l’École des Beaux-Arts de Tunis, l’artiste choisit de tracer sa propre voie, en s’affranchissant des frontières conventionnelles du tableau. Il grandit au sein d’une grande famille où les métiers artistiques, le travail des couleurs et le jeu des formes occupent une place importante.
Dans sa ville natale, il fonde « Dar Gara pour les Arts », un atelier-musée situé face au port de pêche. Ouvert sur la mer et les matières qu’elle dépose sur le rivage, ce lieu nourrit une recherche plastique attentive aux formes et aux transformations du monde naturel.
La mer, bien plus qu’une matière
Invité à présenter le parcours de l’artiste lors de cet hommage, l’enseignant-chercheur et professeur émérite à l’Université de Tunis, Sami Ben Ameur, a consacré son intervention à « Raouf Gara : “Clin d’œil” au fond du visuel ». À travers l’analyse de plusieurs œuvres, il a mis en lumière une démarche qui renouvelle le rapport entre la toile et l’univers. Chez Gara, la mer ne se limite pas à sa représentation. Elle se métamorphose, adopte parfois des couleurs imaginaires et donne lieu à des variations formelles qui multiplient les possibilités de lecture.
La matière occupe également une place centrale dans cette démarche. Algues séchées, bois flotté et dépôts marins s’intègrent aux compositions et aux assemblages, créant des textures et des reliefs singuliers. Peinture et sculpture, surface et profondeur dialoguent dans des œuvres où la matière semble conserver les traces du temps. Sa « géologie picturale » révèle ainsi les strates d’une mémoire enfouie, entre blessures et espérances. Le paysage devient un espace intérieur, traversé par les émotions et les interrogations humaines.
Cette lecture a trouvé un autre prolongement dans l’intervention du Dr Wissal El-Euch, professeure d’esthétique et de théories artistiques à l’Université de Monastir. Intitulée « Raouf Gara, la mer comme mémoire, la couleur comme empreinte et le tableau espace de vie », sa communication a exploré les liens entre mémoire sensorielle, geste pictural et identité plastique.
À travers des œuvres telles que « Hout yakel hout », « Bahja », « Equilibre » et « Ramchet Aïn » (« Clin d’œil »), elle a souligné l’influence de Kélibia et de la Méditerranée sur l’univers de l’artiste. Lumière, reliefs, faune, flore et formes urbaines s’y mêlent pour composer un paysage qui devient une véritable expérience visuelle et sensible.
Au-delà du visible
Chez Raouf Gara, le regard ne s’arrête pas aux formes apparentes. Il cherche ce que la matière retient, ce que la couleur suggère et ce qui se dessine derrière le paysage. Ses œuvres invitent ainsi à une autre perception du monde, où chaque élément semble porter une histoire.
Le poète Abdelbasset Ben Hassan, président de l’Institut arabe des droits de l’homme, l’a décrit comme « le peintre des états de la mer en Tunisie ». Une formule qui résume la singularité d’une œuvre où le paysage marin se transforme en matière, en mémoire et en langage. En célébrant Raouf Gara, la Foire nationale du livre tunisien a également donné à voir un artiste profondément enraciné dans le territoire de Nabeul, mais dont l’univers plastique ouvre sur un horizon bien plus vaste.
Imen.A.
Le site Althiburos : des habitations aghlabides et fatimides découvertes dans un théâtre romain
Le théâtre romain d’El-Mdaïna, sur le site antique d’Althiburos, au Kef, vient de livrer de nouveaux témoignages de son histoire. Des vestiges d’habitations datant des périodes aghlabide et fatimide ont été mis au jour par une équipe archéologique tuniso-italienne.
L’Institut national du patrimoine (INP) a annoncé cette découverte à l’issue d’une campagne de fouilles menée du 11 au 22 octobre 2026, dans le cadre d’un projet de coopération scientifique avec l’Université de Palerme, en Italie, sous l’égide du ministère des Affaires culturelles.
Réunissant chercheurs, conservateurs du patrimoine et étudiants en archéologie, la mission avait pour objectif de documenter les différentes phases d’occupation du site, notamment durant l’Antiquité tardive et l’époque islamique.
Les fouilles ont ainsi révélé des vestiges d'habitations aghlabides et fatimides, attestant la réappropriation de l'espace du théâtre bien après sa construction. Une découverte qui apporte un nouvel éclairage sur les transformations du monument et la continuité de son occupation à travers les siècles.
De nouvelles données
La campagne a également permis d'affiner les connaissances sur l'organisation architecturale du théâtre, notamment la disposition des gradins et l'emplacement de la scène. Plusieurs éléments ornementaux ont par ailleurs été retrouvés, certains in situ, à leur emplacement d’origine, d’autres remployés dans des murs et des sols aménagés lors de phases ultérieures d'occupation.
Au-delà du dégagement des structures antiques, cette mission se distingue par une approche qui cherche à restituer l'ensemble des transformations du monument, à partir d'une documentation stratigraphique et chronologique approfondie.
L’INP souligne le caractère encore peu répandu de cette démarche en Afrique du Nord, où les théâtres romains ont souvent été étudiés principalement sous l'angle de leur architecture antique, sans que leurs réoccupations successives fassent toujours l'objet d'investigations aussi poussées.
En révélant les traces d'une présence humaine à l’époque islamique, ces nouvelles fouilles enrichissent ainsi la lecture historique d’Althiburos et rappellent que les monuments antiques ne cessent de raconter leur histoire bien après la fin de leur fonction première.
Dar Hussein et Tourbet El Bey sur le registre du patrimoine architectural et urbain arabe
Deux monuments emblématiques de la médina de Tunis, Dar Hussein et Tourbet El Bey, viennent d’intégrer le Registre du patrimoine architectural et urbain des pays arabes. Annoncée le 30 octobre 2026, cette inscription ouvre de nouvelles perspectives de coopération pour leur préservation et leur valorisation.
Le patrimoine tunisien bénéficie d’une nouvelle reconnaissance régionale. La décision a été officialisée lors de la 11ᵉ session de l’Observatoire du patrimoine architectural et urbain des pays arabes, relevant de l’Organisation arabe pour l’éducation, la culture et les sciences (ALECSO), tenue au Caire du 25 au 27 octobre.
Aujourd’hui siège de l’Institut national du patrimoine (INP), Dar Hussein est un palais principalement édifié au XVIIIᵉ siècle. Il a notamment accueilli, à partir de 1858, la première municipalité de Tunis.
Tourbet El Bey, quant à lui, est le plus vaste mausolée princier de la dynastie husseinite, qui a régné sur la Tunisie de 1705 à 1957. Son architecture témoigne de l’histoire de cette dynastie et de son empreinte sur la capitale.
Cette inscription, distincte du classement de la médina de Tunis au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979, s’inscrit dans un cadre de coopération arabe. Elle vise notamment à encourager la documentation scientifique, les projets de restauration et le partage d’expertises entre les pays membres.
Pour ces deux monuments, cette reconnaissance régionale constitue ainsi une nouvelle occasion de renforcer leur protection et de faire rayonner leur valeur patrimoniale au-delà des frontières tunisiennes.
« Jaou Tunis 2026 »: Syrie, la mémoire au fil des images
En noir et blanc, Michel Eisenlohr révèle une Syrie de beauté et de mémoire, entre cités millénaires et patrimoine vivant. Une exposition présentée à l’Institut français de Tunisie dans le cadre de « Jaou Tunis 2026 ».
Il est des voyages qui traversent les paysages autant que les siècles. Celui de Michel Eisenlohr en Syrie appartient à cette catégorie. Avec « Images de Syrie, Palmyre, Alep, Damas », le photographe français propose un regard sensible sur un pays carrefour de civilisations, dont le patrimoine porte aujourd’hui les blessures d’une histoire douloureuse. Présentée à la galerie de l’Institut français de Tunisie du 27 octobre au 27 novembre, cette exposition s’inscrit dans la programmation de Jaou Tunis 2026.
Invité au Festival de photographie d’Alep en 2002, Michel Eisenlohr avait choisi de rejoindre la Syrie par la route, au départ de Marseille. Inspiré par les récits des voyageurs du XIXᵉ siècle partis à la découverte du Levant, il entreprend ce périple avec un appareil argentique et privilégie le noir et blanc. De cette traversée naît un reportage photographique qui restitue les atmosphères, les lumières et les multiples visages du pays.
Au cœur du désert, Palmyre occupe une place centrale dans cette exploration. Ses colonnes, ses corniches et ses vestiges antiques se révèlent sous une lumière qui en souligne la majesté et la poésie. Mais loin de figer le site dans une image de musée à ciel ouvert, le photographe en saisit aussi la vie quotidienne. Des bergers y conduisent leurs troupeaux, tandis que des enfants jouent parmi les ruines. La cité antique demeure ainsi un lieu habité, inscrit dans le présent autant que dans l’histoire.
À Alep et à Damas, son objectif se tourne vers les ruelles pavées, les échoppes animées, les étoffes et les scènes de la vie quotidienne. Les architectures témoignent également de cette histoire faite de rencontres : les arcades des mosquées dialoguent avec les colonnades romaines, tandis que les motifs de l’art islamique font écho aux ornements de l’Antiquité.
C’est cette Syrie plurielle et profondément humaine que Michel Eisenlohr souhaite transmettre. L’exposition, ponctuée de poèmes du poète franco-iranien Parviz Abolgassemi, est accompagnée d’un ouvrage publié aux éditions Actes Sud, préfacé par l’historien Pierre Gros et enrichi de contributions de spécialistes français et syriens.
Une invitation à retrouver, à travers l’objectif, la beauté et la mémoire d’un patrimoine syrien qui appartient à l’histoire commune de l’humanité.
Distinction tunisienne au « Défi de la lecture arabe »: Sidi Amer, une pépinière des excellents lecteurs
Par Imen Abderrahmani
L’école primaire Sidi Amer, à Siliana Sud, au Nord- Ouest de la Tunisie vient de décrocher le prix de l’école d’excellence lors de la 10ème édition du « Défi de la lecture arabe ». Une belle victoire qui célèbre à la fois l’école et la lecture.
Dans le Nord-Ouest tunisien, une école vient de faire de la lecture son plus beau passeport vers la reconnaissance arabe. L’école primaire Sidi Amer, relevant de la délégation de Siliana Sud, s’est distinguée lors de la finale du concours de la 10ème édition du « Défi de la lecture arabe » (Arab Reading Challenge), obtenant le prix de l’école d’excellence.
Lancé aux Émirats arabes unis, ce grand concours international récompense les élèves et les établissements scolaires qui s’engagent en faveur de la promotion de la lecture. La distinction obtenue par l’école tunisienne est assortie d’une récompense d’un million de dirhams émiratis.
Cette réussite met en lumière le travail accompli par toute une communauté éducative et rappelle combien l’école joue un rôle déterminant dans l’éveil à la lecture. Car ouvrir un livre, c’est bien davantage que déchiffrer des mots ou assimiler des connaissances. C’est apprendre à penser, à questionner, à imaginer et à découvrir d’autres horizons. C’est aussi enrichir son vocabulaire, développer son esprit critique et acquérir les outils nécessaires pour mieux comprendre le monde.
À l’heure où les écrans et les contenus rapides occupent une place grandissante dans le quotidien des jeunes, faire du livre un compagnon familier constitue un véritable enjeu éducatif. Susciter la curiosité, donner le goût de lire et encourager les enfants à explorer les univers que leur offrent les textes sont autant de missions qui trouvent ici une belle illustration. La distinction de Sidi Amer démontre également que les établissements des régions de l’intérieur disposent de ressources et de compétences capables de s'imposer dans les grandes compétitions internationales.
Siliana, une terre de mémoire et de savoir
Cette consécration prend une résonance particulière à Siliana, terre de mémoire et de savoir, associée notamment à Ibn Abi Dhiaf (1804-1874), historien, homme d’État et grande figure de la pensée tunisienne du 19èmesiècle. Auteur de l’imposant « Ithaf Ahl al-Zaman », chronique de l’histoire des souverains de Tunis et du Pacte fondamental, il a laissé une œuvre majeure dans le patrimoine intellectuel national.
Évoquer son héritage dans le contexte de cette distinction n’est pas anodin. L’écriture, la connaissance et la transmission demeurent des passerelles essentielles entre les générations. À leur manière, les élèves de Sidi Amer s’inscrivent dans cette continuité, en faisant de la lecture une porte ouverte sur le savoir et la découverte.
Le prix remporté par l’école primaire Sidi Amer revient à sa direction, à son équipe pédagogique, à ses élèves ainsi qu’à toutes les personnes même aux parents ayant contribué à cette réussite collective.
Au-delà du prestige de cette distinction arabe, la réussite de Sidi Amer adresse un message à l’ensemble des établissements scolaires : faire de la lecture une priorité, cultiver le goût des livres et donner aux enfants les moyens de s’ouvrir au monde. Puisse cet exemple inspirer d’autres écoles à emprunter le même chemin, car investir dans la lecture, c’est semer aujourd’hui les réussites de demain.
Imen.A.
Accident ferroviaire en Espagne : Un étudiant tunisien parmi les portés disparus
Il s’agit de Yassine Jaouadi, un étudiant tunisien de 23 ans porté disparu après une collision entre deux trains à grande vitesse en Espagne. Son frère, Mohamed Amine Jaouadi, est arrivé dans le pays jeudi, après avoir obtenu un visa et fourni un échantillon d’ADN dans le cadre des procédures d’identification des victimes.
Dans une déclaration médiatique, Mohamed Amine a indiqué être dans l’attente des résultats des analyses génétiques, qui permettront de déterminer si son frère figure parmi les victimes de l’accident ou parmi les blessés hospitalisés. Yassine réside en Allemagne et son frère attend désormais d’être contacté par les autorités espagnoles afin d’être informé des résultats des opérations d’identification.
L’accident s’est produit mercredi 28 octobre, dans le centre de l’Espagne, lorsqu’un train à grande vitesse a percuté un autre train immobilisé sur la même voie. La collision a provoqué le déraillement de plusieurs voitures, dont certaines ont chuté dans un ravin.
Le bilan provisoire fait état de 69 morts et de plus de 180 blessés. Les opérations d’identification des victimes et de recherche des personnes portées disparues se poursuivent, dans un climat d’inquiétude et d’attente pour leurs familles.














