Par Hassan GHEDIRI
La Tunisie, représentée par une délégation dirigée par le ministre de l’Intérieur, Khaled Nouri, a participé au «Sommet sur la sécurité des frontières : criminalité organisée et migration» accueilli par Londres les 31 mars et 1er avril 2025. Ce sommet a réuni 46 pays ainsi que plusieurs organisations régionales et internationales, dont l’Union européenne, le Conseil de l’Europe, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), et des représentants des réseaux sociaux (X, Meta et TikTok).
Les délégations ont examiné les moyens de renforcer les mécanismes de coopération internationale pour lutter contre la migration irrégulière et les crimes transfrontaliers liés à ce phénomène.
Lors de ce sommet, Nouri a rappelé la position de la Tunisie en faveur d’une collaboration multilatérale dans la lutte contre les crimes liés à la migration irrégulière, notamment le blocage des flux financiers illicites. Il a réitéré l’appel de la Tunisie à partager les responsabilités entre toutes les parties prenantes, dans le respect des droits humains et des conventions internationales. Il a également souligné la nécessité de traiter les causes profondes de la migration irrégulière, en particulier les disparités socio-économiques entre les pays d’origine et de destination. Aucun État, même doté de ressources humaines et matérielles suffisantes, ne pourrait résoudre seul ce problème transfrontalier.
Les politiques européennes actuelles continuent à privilégier une approche 100% sécuritaire de la migration sans traiter ses causes économiques et sociales profondes, exerçant par le même fait une pression croissante sur la Tunisie pour qu’elle devienne une zone tampon où sont renvoyés un nombre grandissant de migrants.
Notre pays qui a toujours défendu une approche humaniste conforme à ses valeurs et au droit international ne doit pas accepter aujourd’hui d’être un gardien complice. Le ministre de l’Intérieur l’a dit clairement à Londres: la Tunisie ne sera jamais la «zone tampon» de l’Europe. Accepter ce rôle est synonyme de soumission. La montée des tensions entre Tunisiens et migrants subsahariens illustre la gravité des conséquences que pourrait subir notre pays en acceptant de jouer le rôle du gendarme.
La Tunisie ne peut assumer, seule, la responsabilité de la gestion des flux migratoires. Elle n’a d’ailleurs jamais cessé de plaider pour une approche globale, intégrant le développement économique des pays d’origine plutôt qu’une simple réponse sécuritaire. Toute coopération avec l’Europe doit donc reposer sur des conditions claires garantissant la souveraineté et les intérêts du pays. La Tunisie ne peut être réduite à un rôle de prison à ciel ouvert ou de bouclier sécuritaire pour l’Europe, et toute solution ignorant la vulnérabilité économique et sociale intérieure risque d’avoir des retombées désastreuses pour notre pays.
La priorité est, en effet, de protéger notre cohésion nationale. Avec un chômage atteignant 16 % et des régions entières marginalisées, ajouter la pression migratoire à nos défis internes est une bombe à retardement. La Tunisie n’a ni les moyens ni le devoir de gérer les conséquences des désordres africains et des politiques néocoloniales européennes. Elle assume certes sa part de solidarité envers les migrants, mais refuse d’être le bouc émissaire de l’échec des politiques européennes. L’Europe doit choisir : continuer vainement à dresser des murs, ou bien assumer sa responsabilité et s’attaquer au problème de la migration à la source…
H.G.