Par Chokri BACCOUCHE
C’est une véritable guerre commerciale de grande ampleur que le président américain vient de déclarer au reste du monde en imposant un droit de douane plancher supplémentaire de 10% sur toutes les importations et par des majorations prohibitives pour les pays jugés par Washington particulièrement hostiles en matière commerciale. Face à la dette astronomique de son pays où l’inflation atteint des sommets jamais connus auparavant, Donald Trump a lancé une offensive protectionniste le moins qu’on puisse dire spectaculaire dans l’espoir de redresser la barre et sortir les Etats-Unis de cette zone de très fortes turbulences qui menace de faire s’écrouler tout l’édifice. Et il n’est pas allé de main molle si l’on se réfère aux taux exorbitants imposés à certains pays qui se sont retrouvés dans la ligne de mire de cette attaque commerciale américaine très agressive qui dégage également et à mille lieues à la ronde des relents politiques et géostratégiques.
Sans surprise, la Chine occupe la tête du peloton des pays ciblés. Ses produits feront dorénavant l’objet d’une nouvelle taxe à l’importation de 34% qui viennent s’ajouter aux 20% de droits de douane additionnels déjà en place. Qu’il s’agisse de pays alliés ou «ennemis», tous vont passer en fait à la moulinette à des degrés variables bien sûr, histoire de ménager quelque peu certaines commodités politiques circonstancielles. C’est ainsi que les marchandises provenant de l’Union européenne devront supporter 20% de taxes supplémentaires, contre 24% pour le Japon, 26% pour l’Inde et 46% pour le Vietnam. Avec des taxes fixées à 28%, le «made in Tunisia» n’a pas été épargné non plus par le tsunami fiscal américain qui a mis la planète financière sens dessus-dessous à en croire les dernières statistiques. En effet, quelques heures après les annonces du président américain présentées comme une «déclaration d’indépendance économique», la Bourse de Tokyo a accusé le coup enregistrant une chute de près de 3% au moment où celles de Francfort perdait 2,45% à l’ouverture, Paris 2,15% et Londres 1,44%. Le capital étant lâche par définition, la panique a affecté les principaux marchés financiers, faisant craindre le pire pour l’économie mondiale en proie déjà à une grave récession.
Passé le choc de cette surtaxation douanière décidée par la Maison Blanche, la «résistance» s’organise. Les réactions des pays lésés par les nouvelles mesures trumpiennes oscillent en effet entre appels au dialogue en vue d’aboutir à une «solution négociée» et menaces de bras de fer. C’est le cas notamment de la France qui a dit prévoir, dans le cadre d’une contre-offensive européenne en cours de négociation, «d’attaquer les services numériques». Même si personne n’a annoncé pour l’heure une riposte claire, il n’est pas exclu que certains pays comme la Chine, qui a exhorté Washington à «annuler immédiatement» ces droits de douane, le Japon qui a estimé que l’allié américain pourrait avoir enfreint les règles de l’OMC et leur accord bilatéral ou l’Australie qui a dénoncé un «geste qui n’est pas celui d’un ami», seraient tentés d’envisager à leur tour des mesures de représailles à l’encontre des produits américains.
Bref, tout est loin d’être pour le mieux dans un monde de plus en plus aux abois. Aux guerres létales, comme celle qui se déroule actuellement à Gaza, vient s’ajouter un conflit commercial majeur aux retombées potentiellement catastrophiques sur l’économie mondiale avec des effets particulièrement négatifs pervers sur les pays vulnérables. Ce qui se passe actuellement sur la planète ne prédit rien de bon. Il est annonciateur d’un surcroît de tensions à tous les niveaux et de bouleversements majeurs semblables aux mouvements de plaques tectoniques. Un nouvel ordre mondial est en passe de naître dans la douleur qui va remettre inévitablement en cause les anciennes alliances et imposer de nouveaux équilibres géopolitiques. Il importe dans ce remue-ménage planétaire que la Tunisie adopte une nouvelle stratégie et envisage un redéploiement économique pour être en phase avec les changements profonds qui s’opèrent à l’échelle internationale. Tout en renforçant les partenariats traditionnels avec l’Union européenne, notre pays peut et doit nouer de nouvelles alliances et diversifier ses relations de partenariat, notamment avec les pays asiatiques et de l’Extrême-Orient, dans la perspective de conquérir de nouveaux marchés à l’export et d’ouvrir de nouveaux débouchés pour les produits tunisiens. A quelque chose malheur est bon. L’offensive protectionniste de Trump souligne avec force la nécessité impérieuse pour notre pays de s’adapter à la nouvelle donne dans un monde qui change à la vitesse de la lumière. Et qui fait peu de cas aux retardataires et à ceux qui s’obstinent à dormir sur leurs lauriers. La Tunisie peut s’en sortir à bon compte à la condition de prendre le train en marche…
C.B.