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Donald Trump déclare la guerre commerciale au monde entier : Quelles conséquences sur l’économie tunisienne?

Hassan GHEDIRI

Les produits tunisiens entrant sur le sol américain se verront imposer 28% de droits de douane. Un véritable coup de massue pour les exportateurs d’huile d’olive…  

 

Imperturbable, le président américain est décidé d’aller jusqu’au bout dans son plan de protectionnisme commercial qu’il a enclenché dès les premières heures après sa prestation de serment le 20 janvier denier à la Maison Blanche. Donald Trump, qui a entamé son deuxième mandat avec une déclaration de guerre aux géants du commerce international, notamment la Chine et l’Union européenne, a décidé d’élargir son offensive commerciale en annonçant mercredi la signature d’un décret imposant des «droits de douane réciproques» au monde entier. Par défaut, tous les produits importés aux Etats-Unis seront taxés à hauteur de 10%.

Dans le tableau brandi durant son discours, l’on peut constater que de nombreux pays subiront des surtaxes dont la Tunisie. En effet, malgré son maigre échange avec le pays de l’Oncle Sam, notre pays sera directement affecté par cette guerre sans merci déclarée par le 47e président des USA. La Tunisie sera taxée à hauteur de 28%, soit plus que l’UE (20%). Evoquant  ainsi le principe de réciprocité avec la Tunisie, en réponse à des tarifs douaniers de 55% perçus par la Tunisie sur les produits américains. 

Le président américain qui a qualifié sa décision d’une forme «gentille» de réciprocité a annoncé qu’elle entrera en vigueur (demain) 5 avril pour les droits de douane d’au moins 10% et le 9 avril pour ceux visant les géants comme la Chine et l’UE.

Il faut noter qu’en 2024, la balance commerciale de la Tunisie avec les États-Unis a enregistré un excédent en faveur de la Tunisie. Se composant essentiellement d’huile d’olive, les exportations tunisiennes ont atteint la valeur de 2 milliards de dinars au cours de l’année écoulée. Comment va se manifester l’impact de ces nouvelles mesures sur la Tunisie et le reste du monde? 

Joint à cet effet, l’analyste et ancien ministre du Commerce, Mohsen Hassan, nous a expliqué que les relations commerciales entre la Tunisie et les USA s’inscrivent dans le cadre de ce que l’on appelle le Système de Préférences Généralisées (SPG) des Etats-Unis d’Amérique qui bénéficie à 119 pays dans le monde. Ainsi, pour la Tunisie, ce programme s’applique à près de 3500 produits et elle est aujourd’hui le 13è fournisseur du marché américain grâce à des exportations principalement agricoles telles que l’huile d’olive et les dattes, ainsi que certains produits des industries électrique et mécanique et du textile (jeans). Les exportations tunisiennes vers le marché américain sont en fait dominées par les produits agricoles (environ 80 %). «D’ailleurs, la Tunisie est le premier fournisseur de dattes sur le marché américain, et jusqu’à hier ces produits bénéficient d’une exonération totale des droits de douane. Pour ce qui est de l’huile, et selon les chiffres de l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri), 17,2% des exportations tunisiennes réalisées entre novembre 2024 et janvier 2025 ont été destinées au marché américain. Et notre interlocuteur de considérer que, grosso modo, l’on peut dire que la Tunisie réalise un déficit très léger avec ce marché avec des exportations ayant atteint, en 2024, 359,7 millions de dinars, contre des importations qui avoisinent les 480 millions de dinars. 

Presque insignifiant

Ceci étant dit, les échanges commerciaux avec le pays de l’Oncle Sam ont un poids presque insignifiant dans le commerce extérieur global de la Tunisie et ce malgré les avantages du SPG. Cette politique protectionniste instaurée par Trump, par laquelle les droits de douane sur les produits tunisiens seront portés à 28%,, aura pourtant des effets directs et indirects sur l’économie nationale. L’effet immédiat attendu, selon Mohsen Hassan, se manifestera à travers la baisse des exportations tunisiennes, en particulier les dattes, l’huile d’olive, le textile et certaines industries mécaniques et électriques. Notre interlocuteur croit en effet que la Tunisie risque de perdre en compétitivité sur ces produits par rapport à la concurrence, ce qui se traduira par une baisse de la demande. Ceci n’aura toutefois que de très faibles incidences eu égard à la faiblesse des échanges avec les USA. 

Hassan estime cependant que la Tunisie ne manquera pas de tirer profit du protectionnisme américain qui doit se répercuter sur les cours du pétrole avec des baisses attendues du prix du baril qui se négocie aujourd’hui à 70 dollars après avoir été au-dessus de 80 dollars au début de l’année, sachant que budget de 2025 a été établi sur l’hypothèse de 74 dollars le baril.  D’où l’importance pour la Tunisie de réduire sa facture énergétique et maîtriser davantage son déficit énergétique budgétaire. Ceci reste toutefois tributaire des changements géostratégiques dans le monde surtout avec l’éventualité d’une guerre contre l’Iran pouvant entraîner une flambée des prix. 

L’autre facteur qui pourrait profiter à l’économie tunisienne est lié à la dévaluation du dollar face à l’euro, qui entraînera une baisse du coût des importations et réduira, ne serait-ce que légèrement, le service de la dette. 

S’agissant, maintenant, des effets négatifs indirects, cela concerne, selon notre interlocuteur, nos partenaires traditionnels, en particulier les pays de l’Union européenne. Il est prévu que les politiques protectionnistes et de guerre commerciale des États-Unis entraînent une récession prolongée dans l’espace de l’Union européenne réduisant la demande extérieure et donc une baisse des exportations tunisiennes vers les pays de l’UE.

Pour amortir les chocs provoqués par la guerre commerciale américaine, Mohsen Hassan pense que la Tunisie doit revoir ses politiques commerciales à même de diversifier ses partenaires en s’ouvrant davantage sur l’Afrique, l’Asie du Sud et de l’Est, l’Amérique latine. Il s’agit ensuite de renforcer notre relation avec les pays de l’UE, d’autant plus que 80 % de nos échanges avec l’UE se font avec seulement 3 pays, d’où l’importance de se déployer sur le reste de ce gigantesque marché

L’autre point concerne le niveau des investissements directs étrangers. «Il y a des dysfonctionnements dans les chaînes d’approvisionnement dans monde, ce qui pourrait être une opportunité pour la Tunisie si elle parvenait à mettre en œuvre une diplomatie économique active et efficace qui permet d’améliorer l’attractivité des investissements en quête de nouveaux marchés. La Tunisie pourrait être une plateforme pour les exportations vers l’Afrique et l’Europe. «Pour résumer, je pense que la Tunisie ne sera pas affectée de façon directe du protectionnisme américain mais pourra subir des retombées indirectes qui imposent des mesures préventives claires et efficientes.

H.G.

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