Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
Alors que tous les pays recrutent à tour de bras les médecins, la Tunisie laisse chaque année partir ses docteurs en médecine dans un exode de cerveaux sans précédent. Que faire pour arrêter l’hémorragie ?
Le secrétaire général de l’Ordre des médecins de Tunisie, Nizar Ladhari, est revenu hier sur les ondes de radio Express fm sur cette épineuse question d’exode des médecins. Une hémorragie qui frappe la Tunisie de plein fouet et crée une grave pénurie de médecins dans un pays qui dépense chaque année des centaines de milliards pour former ses docteurs en médecins. Ladhari, qui tire la sonnette d’alarme, n’a pas hésité à demander à la France, la principale destination de nos médecins, de ne plus recruter nos docteurs en médecine, car cela peut provoquer à court terme une grave crise de santé en Tunisie. Mais, pourquoi nos médecins préfèrent quitter le pays que d’exercer dans nos hôpitaux ? Selon le secrétaire général de l’Ordre des médecins de Tunisie, Nizar Lâdhari, les raisons sont multiples, « Les conditions de travail dans les hôpitaux tunisiens, l’arrestation de médecins dans le cadre de leur exercice professionnel et les violences qu’ils subissent », a-t-il indiqué. Et d’ajouter : « Les obstacles auxquels sont confrontés les jeunes médecins, à l’instar des banques qui ne fournissent pas de prêts aux jeunes médecins pour lancer leur carrière et ouvrir leurs cabinets, contraignent, en effet, de nombreux professionnels à chercher des opportunités à l’étranger ».
Pour Lâdhari, il s’agit - là d’un déficit préoccupant de personnel médical, vu que chaque année, quelque mille nouveaux médecins débarquent dans nos hôpitaux, mais 1.400 autres quittent le pays, une fuite qui menace gravement l’équilibre du système de santé tunisien. Que faire, de fait, pour mettre fin à cette hémorragie et si l’Etat est conscient des répercussions de cet exode sur notre système de santé ?
Volonté politique… !
Même si tout le monde est d’accord qu’il s’agit là d’une crise aux retombées néfastes sur le système de santé tunisien, les différents gouvernements ayant dirigé le pays jusqu’ici semblent inconscients de la gravité de la situation. A cet effet, Dr Dhafrallah Boulaâres, nous a confié : « On doit reconnaître que le médecin tunisien exerçant dans le secteur public est sous - payé et il se peut qu’il est l’un des plus sous- payés au monde. Il faut, alors, se pencher sur cette question ». En effet, en 2022, le site spécialisé Inkyfada avait mené une enquête sur les salaires des médecins en Tunisie. L’un d’entre eux, Aziz de son nom, avait, alors révélé qu’il touche 1500 D et sans le soutien de sa famille qui couvre le loyer, Aziz n’aurait pas les moyens même de se divertir avec son salaire de médecin résident, « Je trouve insensé que l’État n’offre pas un meilleur salaire aux médecins”, protestera Aziz. Comment, de fait, convaincre ces jeunes médecins de rester en Tunisie avec des salaires aussi bas ? Pour Dr Dhafrallah Boulaares : « Il est urgent de revoir la grille des salaires des médecins. Un jour, l’ancienne chancelière allemande, Angela Merkel, avait refusé de signer des augmentations salariales sauf pour les instituteurs et les médecins et lorsqu’on lui avait demandé pourquoi cette exception, elle avait répondu, les premiers vous enseignent et les deuxièmes vous soignent et je ne peux pas laisser un citoyen allemand ignorant et encore moins malade. Le gouvernement tunisien doit suivre cet exemple et lever les obstacles bancaires devant nos jeunes médecins en les aidant à s’installer pour leur propre compte avec des prêts sans intérêts s’il le faut. L’autre aspect de cette crise réside en les conditions de travail qu’il faut améliorer ».
M. B. S. M.