Par Hassan GHEDIRI
Dans un contexte d’incertitude énergétique amplifiée par l’épuisement des ressources fossiles, l’exécutif s’attache à accélérer la cadence du déploiement du solaire photovoltaïque.
Des accords ont été signés lundi 24 mars 2025 à Tunis pour la construction de 4 centrales photovoltaïques d’une capacité globale de 500 mégawatts. D’après un communiqué diffusé à cette occasion, ces nouveaux projets seront implantés respectivement dans les régions de Sidi Bouzid (300 mégawatts), Gafsa (100 mégawatts) et Gabès (100 mégawatts).
L’opération s’inscrit dans la première phase d’un appel d’offres international lancé par la Tunisie, pour l’octroi des concessions de construction des projets d’énergies renouvelables d’une capacité totale de 1700 mégawatts. Des consortiums formés d’entreprises d’Allemagne, de France, du Royaume-Uni et du Japon se sont ainsi vu attribuer ces nouvelles concessions pour la construction des centrales photovoltaïques qui devraient en principe entrer dans la phase d’exploitation en 2027, avec une capacité de production annuelle estimée à 1100 Gigawatt-heure (GWh), par an, soit l’équivalent de 5% de la production nationale d’électricité. Grâce à ces nouveaux projets, la Tunisie espère pouvoir économiser près de 250 mille tonnes en gaz naturel, et réduire par le même fait la facture d’importation de près de 125 millions de dollars par an.
Ces nouvelles installations devraient permettre à la STEG de réduire ses coûts de production d’électricité d’environ 200 millions de dinars/an. A côté du solaire, la Tunisie mise aussi sur l’éolien pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles. L’objectif porte sur l’implantation des parcs éoliens d’une capacité de production globale de 600 mégawatts.
La transition énergétique pour réduire la dépendance à l’importance s’avère impérative lorsqu’on sait que la Tunisie reste à la traine sur ses objectifs. Les chiffres font en effet état d’un fossé béant entre les ambitions et les réalisations. Dans son bulletin de la conjoncture diffusé au mois d’août 2024, le ministère de l’Industrie, des mines et de l’énergie dresse un tableau peu reluisant quant au bilan des énergies renouvelables.
Insuffisant
La part des énergies renouvelables dans le mixe énergétique du pays plafonne à seulement 5%, avec 3,3% provenant du solaire et 1,7% de l’éolien. Une performance bien en deçà du potentiel de notre pays, alors que les réserves locales d’hydrocarbures s’épuisent, et que la facture énergétique pèse lourdement sur l’économie nationale. En fait, en 2024, la Tunisie a dû importer près de 80% de ses besoins en gaz naturel, essentiellement pour alimenter les centrales électriques de la STEG. Cette dépendance coûte cher: plus de 4 milliards de dinars sont engloutis chaque année dans les subventions aux hydrocarbures, tandis que les coupures d’électricité deviennent récurrentes en période de forte demande. Pourtant, notre pays dispose d’un ensoleillement parmi les plus élevés d’Afrique du Nord (plus de 3 000 heures/an) et de zones ventées idéales pour l’éolien. Mais le retard accumulé dans les projets renouvelables, maintient la Tunisie dans une situation de vulnérabilité énergétique.
La signature, lundi, des accords pour la construction de quatre nouvelles centrales solaires photovoltaïques peut être considéré comme un pas dans la bonne direction. La mission n’est toutefois point aisée lorsqu’on sait que l’objectif fixé pour 2030; soit dans cinq ans; est de porter la puissance totale installée en énergies renouvelables à 4 800 mégawatts. Aujourd’hui, cette puissance ne dépasse toujours pas les 800 mégawatts, soit à peine 16,67% de l’objectif. Pour dire que l’Etat doit démanteler les obstacles structurelles et réglementaires pouvant décourager les investisseurs internationaux à venir s’implanter en Tunisie. Tous les moyens doivent donc être mobilisés dans le but d’atteindre la vitesse de croisière en ce qui concerne la réalisation des projets programmés et également pour l’attraction de nouveaux investisseurs.
H.G.