Par Myriam BEN SALEM-MISSAOUI
• 250 contrats fictifs par an
• 50 mille sous-traitants dans le secteur public et 100 mille dans le privé
Afin de faire face aux arnaques et lutter contre le travail vulnérable, un projet de loi est en phase d’élaboration dans le but de mettre de l’ordre dans le secteur des cabinets d’intérim. Que prévoit cette loi?
C’est le directeur général du recrutement à l’étranger et de la main-d’œuvre étrangère au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Ahmed Massoudi, qui vient de le dévoiler. La Tunisie sera, en effet, dotée prochainement d’une loi visant à réglementer les bureaux de recrutement à l’étranger et autres cabinets d’intérim. Ce projet de loi destiné à protéger les travailleurs tunisiens, lutter contre les abus et garantir un cadre légal transparent pour le recrutement à l’étranger, prévoit des sanctions sévères contre les agences illégales, avec des amendes pouvant atteindre 20 000 dinars et des peines de prison allant jusqu’à 5 ans en cas d’infractions. Il permettra également le blocage des sites internet et des pages sur les réseaux sociaux des bureaux opérant en dehors du cadre légal. Selon l’expert en économie et en Finances, Mohamed Salah Jennadi: «On estime aujourd’hui à 250 le nombre des contrats fictifs dont les victimes sont des demandeurs d’emploi qui cherchent des postes à l’étranger. Les pays du Golfe sont les plus touchés par ce fléau. En effet, des jeunes notamment des filles ont été arnaquées en signant des contrats d’emploi pour travailler dans le secteur de la restauration ou l’hôtellerie avant d’être surprises une fois sur place qu’elle sont en réalité embauchées dans des boites de nuit voire même dans des réseaux de prostitution. D’autres cabinets font signer des contrats aux candidats à l’immigration contre des sommes d’argent pouvant atteindre des milliers de dinars avant de disparaître dans la nature. De fait, il est temps de mettre de l’ordre dans ce secteur afin que le rêve de ces demandeurs d’emploi à l’étranger ne se transforme pas en cauchemar». Quel remède pour protéger les demandeurs d’emploi?
Précarité de l’emploi …
En plus des arnaques qui accompagnent les activités de certains cabinets d’embauche à l’étranger, le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle veut, également, s’attaquer à la précarité de l’emploi. Pour notre expert: «Le travail en sous-traitance est une relation triangulaire caractérisée par la présence de deux employeurs et d’un salarié. En l’absence d’une législation propre au travail en sous-traitance, les décisions des tribunaux sont, en cas de recours, très variées et se réfèrent généralement au code du travail ou au code des obligations et des contrats. On constate, de fait, que le travailleur est la principale victime de cette relation triangulaire puisqu’en cas de licenciement, il ne sait contre quel employeur se retourner. Pis encore, la plupart de ces travailleurs ne bénéficient d’aucune couverture sociale. Alors, il est urgent aujourd’hui d’élaborer une convention collective dans le domaine de la sous-traitance et la création d’une caisse pour l’indemnisation de cette catégorie de salariés en cas de licenciement. On estime le nombre de ces emplois à 50 mille dans le secteur public et à 100 mille dans le privé».
Ayant lui-même été embauché par un cabinet de sous-traitance, le jeune Yassine Loghmari, a évoqué sa triste expérience dans un article publié par Mondafrique: «Lorsque j’ai commencé mon stage en alternance de fin d’études universitaires à la BIAT pendant ma maîtrise en 2021, je ne m’étais pas rendu compte que les jeunes employés étaient rattachés à la société de sous-traitance «Adecco» et non à la banque elle-même. Les jeunes employés à la banque ressemblaient à des vaches à lait, exploités au maximum par les hauts responsables sans recevoir de quoi les valoriser. Ils subissent des pressions et des détresses psychologiques. Ils ressentent une déconnexion vis-à-vis de leur entreprise et sont prêts à quitter leur emploi dès qu’une meilleure offre se présente», a-t-il indiqué. Et d’ajouter: «Cette agence recrute des jeunes ambitieux avec des salaires mensuels réduits, sans aucune égalité avec les employés de la banque, ces salaires variant de six cents dinars (178 euros) à huit cents dinars (238 euros) si vous avez un master et plus de trois ans d’expérience. L’agence paie les salaires à la place de la banque et réalise un bénéfice en prélevant une commission sur les salaires des sous-traités. Elle recrute des étudiants issus d’universités prestigieuses et de familles pauvres ou de classe moyenne, les exploitant et les abandonnant lors de leur quatrième année. Son slogan est l’abandon des rêves et des valeurs. Ses objectifs sont d’augmenter les profits des investisseurs en exploitant ses employés. Tout ce vernis et cette élégance ne sont que tromperie. Leurs revenus couvrent à peine leurs dépenses».
M.B.S.M.