contactez-nous au 71 331 000
Abonnement

Editorial : Cette bombe à désamorcer… - Par Hassan GHEDIRI

La banque centrale de Tunisie a publié les chiffres actualisés sur la situation de la masse monétaire dans le pays. Ainsi, à la date du 25 février 2025, le montant global des monnaies et des billets de banque en circulation en Tunisie a franchi un nouveau record historique en atteignant 23,06 milliards de dinars, soit près de 2 milliards de dinars de plus que le montant signalé à la même date en 2024. Depuis des années, la Tunisie vit au rythme d’une montée en flèche de la quantité de la monnaie en circulation, franchissant pour la première fois, en juin 2023, la barre symbolique des 20 milliards de dinars. 

La croissance annuelle d’environ 10% de la circulation fiduciaire en Tunisie soulève plusieurs questions quant à ses répercussions sur l’économie en général mais surtout sur la capacité de l’Etat à réaliser ses objectifs fondamentaux, principalement la réduction de l’inflation, c’est à dire la rationalisation des prix, et la stimulation de la croissance. Cette augmentation démesurée et quasiment incontrôlée de la liquidité ravive également les préoccupations en raison de son lien avec l’économie informelle, un secteur qui continue à échapper au contrôle des autorités fiscales et monétaires. 

Dans la littérature monétaire, nombreuses sont les théories qui traitent des différents aspects de la dynamique de la monnaie fiduciaire. Ici, l’on peut se contenter de la théorie quantitative de la monnaie qui suggère tout simplement que l’explosion de la circulation monétaire n’a rien de bénéfiques sur l’économie, puisqu’elle est toujours génératrice de l’inflation. Dans la pratique, maintenant, l’on peut prétendre que cette explosion de la masse monétaire en Tunisie est fondamentalement provoquée par la prolifération de l’économie informelle. Ce phénomène qui continue à gagner de l’ampleur malgré les innombrables mesures annoncées par les gouvernements successifs ces derniers années pour juguler son expansion. 

Selon plusieurs estimations, environ 40 à 50 % de l’activité économique en Tunisie serait informelle. Ce secteur, bien que largement non déclaré, est d’une importance capitale pour la survie d’un grand nombre de Tunisiens, notamment dans un contexte de chômage élevé et de précarité économique. Toutefois, ce phénomène a un effet pervers : il contribue à l’augmentation de la masse monétaire en circulation, car une grande partie des transactions se fait en numéraire. Le recours exclusif au cash dans cette économie souterraine se traduit par une croissance rapide de la quantité de monnaie en circulation ce qui réduit sa traçabilité et empêche la BCT à ajuster correctement la masse monétaire et à contrôler les effets de cette explosion de liquidités.

Pour juguler ce phénomène, la dématérialisation se présente comme une solution miraculeuse. En encourageant l’utilisation des moyens de paiement électroniques (cartes bancaires, transferts électroniques, paiements mobiles), la Tunisie pourrait non seulement intégrer une partie de l’économie informelle dans le circuit formel, mais aussi permettre à la Banque Centrale d’avoir une meilleure visibilité sur la circulation de la monnaie. 

La dématérialisation de l’argent, en rendant les paiements traçables et contrôlables, offrirait ainsi un levier pour réguler l’offre monétaire et limiter la prolifération des liquidités dans l’économie. Il est ainsi plus qu’urgent de promouvoir les solutions de numérisation des paiements, d’où la nécessité pour l’Etat d’investir dans le développement des infrastructures et de soutenir toutes les initiatives visant à réduire la dépendance au cash. Contenir l’explosion de la masse monétaire, c’est réussir à désamorcer une véritable bombe à retardement qui nous menace tous. 

H.G.

Partage
  • 25 Avenue Jean Jaurès 1000 Tunis R.P - TUNIS
  • 71 331 000
  • 71 340 600 / 71 252 869